C’est une affiche fabuleuse que nous propose ce spectacle. Rien moins que cinq artificiers majeurs de la boîte à boutons, lesquels chacun sur leur registre (trad, folk, liscio, musique Irlandaise, jazz, musique de films....) ont fait notablement avancer la cause de l’accordéon diatonique.

Des acteurs qui comme des personnages chers à l’imaginaire japonais ont su allier audace et noblesse d’expression. Inventivités mélodiques, brillances sonores, atmosphère intimiste ou invites à la danse échevelée: ces musiciens au pedigree impressionnant nous promettent un feu d’artifice et un rendez-vous d’une extrême séduction.

The fabulous talent-studded programme includes no less than five of the most dazzling exponents of the squeezebox. They have all made a huge contribution to advancing the cause of the diatonic accordion, each in their own sphere: trad, folk, liscio, Irish music, jazz, film scores – the list goes on and on.

In common with the characters pervading the imaginary universe of the Japanese, these players have succeeded in combining a variety of styles to create a bold and expressive musical experience. Ingeniously melodic, brilliantly tonal, an invitation to savour an intimate atmosphere or relish a session of wild dancing: these musicians with an impressive list of credentials offer us a spectacular and extremely beguiling event.

 

 

 

March 2012: 'Coup de Coeur 2012' from the Academy Charles Cros in Babel Med Music, Marseille, France

 

 

 

 

 

 

February 2012: Winner of the 'Octaves de la Musique' Belgium

 

 

 

 

 

November 2011: Grand prix international du Disque 2011 de l'Académie Charles Cros - Paris

 

 

 

 

 

 

SAMURAI

En Irlande, on l’appelle squeeze box, la boîte qu’on écrase. Au Québec on  parlait de la boîte du diable.

L’accordéon diatonique a été appelé mélodéon, mais auparavant on disait l’orgue à genoux. Il fut l’accordéon bisonore parce que selon que l’on pousse ou que l’on tire le soufflet, on obtient des sons différents. Toujours est-il que si son grand frère chromatique est le piano du pauvre, celui-ci doit être le piano du petit pauvre. Ou alors un piano à petites bretelles. Allez savoir.

En tout cas, on ne s’ennuie pas en sa compagnie. 

On s’en rend compte avec ces cinq gaillards qui s’entendent comme les cinq doigts de la main pour faire vibrer leurs accordéons de concert. Imaginez ces cinquante doigts parcourant des dizaines de touches et secouant cinq soufflets. Assis les uns à côté des autres, ils s’écoutent et s’étonnent des musiques qui s’écoulent de leur jeu et des mélodies qu’ils entonnent. Chacun apporte sa contribution au répertoire et les arrangements se font ensemble selon les personnalités, les styles, les envies, les énergies. Vous pouvez customiser la mélodie d’un autre, dit Bruno Le Tron. Secondes voix, recherche en finesse dans les basses, ronflements rythmiques, secousses percussives, organisation polyphonique, travail quasi symphonique : telles sont les possibilités démontrées par ces accros du diato.

Ce qu’ils nous offrent sous le nom de Samurai c’est précisément ce que ce titre cache en lui. Samurai vient de « saburau » qui signifie « servir », comme servir un instrument et ses répertoires. Ils mettent en commun un potentiel de passions, de connaissances, d’apports culturels ou traditionnels, mais aussi de pratiques multiples. Bruno Le Tron, le Français, a sillonné son pays avec divers groupes et des musiques de chez lui. Il a beaucoup enseigné et fut un des maîtres de Didier Laloy. Qui vient de Belgique et a foncé vers cet instrument dès ses treize ans. Son agenda suffit à peine à retenir le nombre de concerts qu’il donne par an. Ses groupes ou collaborations sont innombrables. Riccardo Tesi est le patriarche du quintet. Rien ne résiste à ce merveilleux Toscan. De la tradition locale aux musiques populaires, voire au flirt avec le jazz, il parcourt son chemin. Ne croyez pas, en l’observant, qu’il se repose en attendant l’expresso d’après concert. Détendu, il balance d’incroyables basses dans les musiques des autres ; puis il joue des mélodies suaves dont il a le secret. Markku Lepistö vient de Finlande. Il a étudié musiques classiques et traditionnelles à la Sibelius Academy. Compositeur hors pair, il a participé à de nombreux groupes et duo. Pince sans rire, il est très présent et s’amuse discrètement de cette agitation accordéonistique autour de lui. Last but not least, David Munelly , l’Irlandais, est tombé dans la marmite diatonique à sept ans ! La musique lui coule des doigts et il est capable de vous faire danser la gigue puis de vous faire pleurer. Les quatre autres s’inclinent devant lui mais David répond en faisant rire sa boîte à musique.

 

Ils sont cinq, comme les cinq sens. Et pourtant, sans une sixième personne, tout cela n’aurait aucun sens. C’est qu’il fallait penser à les rassembler ces bougres. C’est Frédérique Dawans, productrice belge qui connaissait chacun d’entre eux, qui eut cette idée de génie de leur proposer un partage de scène, un partage de répertoire, un partage de public. Ils n’hésitèrent pas une seconde. A les entendre, à les voir, on comprend qu’ils ne regrettent rien.

 

 

Etienne Bours